lundi 23 juin 2025

Les abus faits aux enfants, oser en parler !


 Avant, à la question posée systématiquement en classe : "Pourquoi écrivez-vous pour les enfants ?", je répondais de façon que j'estimais pédagogique et joyeuse.

Je disais, en substance : "J'écris pour les enfants parce que, petite, j'ai tant reçu en tant que lectrice, j'ai tellement aimé lire, j'ai vécu tant de bonheurs à travers les histoires des autres que j'ai eu envie de partager ça avec des enfants qui sont peut-être loin de l'univers des livres."

Mais, même si c'était vrai, ça n'était qu'une partie de la vérité. 

Maintenant, j'ose. Je réponds :

- Je sais que la plupart d'entre vous ont une jolie enfance, que vous êtes heureux, choyés, écoutés et c'est merveilleux. Mais je sais aussi que parmi vous, il y a des enfants malheureux, tristes, anxieux. Certains d'entre vous vivent des choses difficiles. C'était mon cas, lorsque j'avais votre âge. Mais dès que j'ai su lire, j'ai trouvé dans les histoires des consolations, des solutions, des explications, de l'espoir. Je me suis rendu compte que ce que je vivais n'était pas normal et qu'on pouvait penser et agir autrement. C'est ça que je veux communiquer maintenant : même si c'est dur, on peut s'en sortir, il existe d'autres mondes, d'autres façons de vivre, des univers de sécurité et d'enthousiasme. Les livres m'ont sauvé la vie."

C'est pour cela que j'ai écrit "Mon petit trésor". Ce livre parle d'abus.

Je voulais plusieurs niveaux de lecture. Les enfants qui ne sont pas concernés y verront une aventure réconfortante : une petite fille se fait voler son trésor par un oncle magicien, manipulateur. Elle est triste, se sent coupable, se rend malade. Puis elle trouve des oreilles bienveillantes qui la croient, l'aident et lui permettent de reconstituer son petit trésor. Le méchant est puni. 

Les petits qui sont abusés se reconnaîtront, apprendront qu'ils ne sont pas seuls et trouveront une figure de résilience dans le personnage de Lou. Ils seront encouragés à parler et auront la confirmation de leur innocence.

S'il vous plaît, maîtres, maîtresses, éducateurs, parents, n'ayez pas peur de ce livre. 

Parce que, les livres sauvent des vies. 

mardi 16 avril 2024

                                 Les titres auxquels vous avez échappé :

- Une autrice en prison

- la Christine embastillée (ne cherchez pas, aucune contrepèterie)

- En zonzon, la Kiki 

 Voici finalement, le titre choisi, sobre, politiquement correct (mais moins rigolo) : 

                                                    Ecrire avec des personnes incarcérées.





    Un beau projet, vraiment, parti du principe que le lien parent-enfant est à maintenir, réinstaurer, et même parfois créer. Les moments de parloir sont stressants et parfois rares, le temps et les circonstances n'encouragent pas les moments de calme, d'échanges paisibles et affectueux. Et quelle place est laissée à la rêverie, la poésie, l'imaginaire, à un autre langage que celui de l'immédiateté ?

Les parents (incarcérés) volontaires ont été sollicités pour écrire et illustrer des histoires, regroupées dans un album à destination de leur (s) enfants(s).

Lorsque nous avons commencé les ateliers, le ton et l’esprit étaient légers, l’ambiance tout en détente. Et puis, il y a eu un moment de bascule, lorsque la question : « Quelle phrase aimeriez-vous dire à votre enfant, quelle phrase auriez-vous aimé entendre, enfant ? » a été posée.

Là, ça devenait un enjeu, ça devenait important, presque grave. Il s’agissait de produire quelque chose de sérieux, de dire quelque chose de vrai et de joyeux à la fois.

Toues ces histoires ont en commun une chose : l’absence. Et toutes évoquent le chemin, le passage affectueux, d’un côté ou de l’autre pour se rejoindre, la transformation nécessaire pour mieux se retrouver.

Les histoires sont belles, douces, puissantes. Les papas et mamans sont fiers. Une professeure qui les accompagne m'a dit qu'un papa lisait le livre au téléphone à son petit, à chaque fois qu'il lui parlait, en rituel. C'est beau, pas vrai ?

Pour moi aussi, ça a été un chemin, un parcours. Je vais devoir m’habituer à l’absence de ces pères, de ces mères, de ces anciens enfants. Et pour moi aussi, ce chemin restera quelque chose de vrai, de grave et de joyeux.

Nous avons été nombreux à travailler sur ce projet : Sandra Poirot-Cheriff, Claude André, de l'association "Jeunes lectures", la compagnie de théâtre Polcatac, les enseignants Pierre-Marie et Elodie, l'association Dédale et d'autres encore, comme Cyrille. On était une chouette équipe, tous, ceux qui pouvaient rentrer chez eux et ceux qui restaient encore.





lundi 15 janvier 2024

Mon catalogue de numéros (bis repetita)


                                    


 Il arrive parfois qu’un maître, une maîtresse, un bibliothécaire ou une documentaliste (changez le genre et le nombre à votre gré) m’invite puis, quelque temps avant la rencontre, m’envoie un petit mot. En général, ça a l’air tout calme, comme demande :

 « Chère Madame qui fait des livres, 
Que pouvez-vous nous suggérer, comme idée d’animation avec un  groupe de 25 petits-moyens (ou CE2, ou collègiens ou autres, barrer les mentions inutiles..) ? 
Cordiales salutations, signé : la personne qui vous a invitée ». 
Message que je peux, puisque je suis moi-même une ex-enseignante, traduire ainsi :

  "MAYDAY, MAYDAY ! Nous sommes en présence de 25 ti-papoutes rhinopharyngités et agités et j’ai trop les  chpettes* que ça vire au jus de boudin. Vous êtes SURE qu’on fera face, surtout vous, Madame l’autrice ? Et puis d'abord, vous savez faire quoi, exactement, comme tour de magie hypnotisante ? Salutations, signé : une personne en charge d'enfants dubitative»

Ce à quoi je réponds : "A pas peur Maîkresse".

J'ai quelques tours dans mon gros sac (lourd, le sac, trop lourd) :

 -         On peut faire une simple rencontre. Les enfants ont lu quelques livres, ils ont préparé quelques questions. Moi, j’ai de mon côté un stock de plus en plus fourni d’anecdotes, de petites saynètes qui rendent le livre proche, vivant, accessible, quotidien. Marianne Barcilon, ma complice, m'a appris à croquer quelques personnages de nos histoires : on peut faire des dessins en direct...





-         On peut suivre le parcours d’un livre, de sa conception depuis le dedans de ma tête jusqu'à sa mise en rayon. J’ai des maquettes, des originaux, des photos…

-         On peut envisager un atelier d’écriture : on part d’un livre (ou pas) et on élabore un texte. Ce travail peut aboutir à la création d’un « vrai » livre que chaque enfant pourra rapporter chez lui et saoûler ses parents, faire bisquer ses frères et sœurs, partager fièrement son travail.



-         Ca peut être une simple lecture, avec ou sans dessins ensuite. Avec des mises en situations, avec des petits sketches, des moments revisités… 




-         Je peux aussi venir simplement m’extasier devant les travaux des petits.  C’est pas pour me vanter mais j’ai une grosse capacité d’extase.



-         On peut mettre en place des activités : par exemple, j’apporte des livres traduits et on essaie de deviner la langue, ou alors on imagine le texte à partir des dessins… Tout est possible. je peux aussi mettre ma casquette de conteuse ou de marionnettiste...






-         Le maître ou la maîtresse a un projet bien élaboré. J’arrive et me coule dedans. C’est pas pour me vanter mais je suis très coulante.







-  Avec des grands, on peut envisager une correspondance, ou une vraie interview, un atelier d'écriture, de poésie, de pièce de théâtre, le tournage d'un reportage, une remise de prix...





-         Je me pointe et je me laisse bisouiller, papouiller, tripoter. Je fais des câlins, je chante des chansons, je mets de la pommade de mon cœur sur les bobos, je fais les photocopies, je bois le café, je fais les dédicaces sur les vieux livres (et même sur les livres des autres auteurs). C’est pas pour me vanter mais je suis très caféinée.







Parce qu’on est bien d’accord : le but, c’est de faire en sorte que la lecture, les livres soient directement associés à la notion de plaisir… Hein oui ?

* « Chpettes » : mot de patois lorrain signifiant littéralement : les foies, la trouillotte, les bouboules, les chocottes, la glaglatte…

dimanche 5 novembre 2023


 La moufle. Il en existe une bonne cinquantaine de versions et toutes ont ceci en commun : le message.

Moi, je n'aime pas cette histoire. Au départ.

Elle est toute simple : c'est l'hiver, il y a un abri. Un animal s'y réfugie. Puis un autre, puis un autre. A la fin, il y a trop de monde, l'abri est détruit.

Le message est simple : il faut savoir dire non.

Bon message.

Le sous-texte, le second message est plus aride : si on accueille tout le monde, on se met en danger. On ne peut pas faire de la place à tous.

Ca me dérange. Petits relents, petites nauséabonderies...

Et si, pour une fois, l'union faisait la force ? Et si, pour une fois, la solidarité était récompensée ? Et si, finalement, on cherchait des solutions, au lieu de se replier frileusement ?

Je suis assez fière d'avoir transformé cette histoire. Et puis, pour une fois, on voit les personnages interagir, à l'intérieur. Il se passe quelque chose entre eux. Une chaleur. Pas seulement physique.

Les illustrations sont vraiment douces et rigolotes et il y a un vrai plus : on peut écouter l'histoire, juste avec un QR code...

Et j'ai casé des prouts. Ca m'a bien fait plaisir.

lundi 25 septembre 2023

Jour de pipi, jour de honte !!!!


 La hooooonte !

Un de mes premiers souvenirs est un souvenir de honte. La maîtresse avait apporté une guitare et elle a  demandé " Qui veut essayer ?"

Moi, j'avais envie d'aller aux toilettes. J'ai levé la main.

- Oui ? Christine, tu veux jouer de la musique ?"

- Je peux aller faire pipi ?

Rire amusé :

- Ah ! C'est ça, ta musique ? 



La honte est un sentiment si fort, une émotion si violente ! Ca méritait bien un livre...Un livre rigolo, pour éloigner les chagrins des petits (qui ne sont pas des petits chagrins).


jeudi 1 juin 2023

Contortionniste

 Le saviez-vous ? Je fais le grand écart ! 




A mon âge ! C'est pas beau ?

Hier, j'étais en Ehpad, atelier d'écriture avec des "pensionnaires". Aujourd'hui, en maternelle.

Grand écart, quoi !

Et vous savez quoi ? Il n'y a guère de différences. Ce sont les mêmes choses qui se dessinent, les mêmes humanités qui émergent, les mêmes thèmes. Le vocabulaire est  différent mais les mots, les émotions finissent par se rejoindre. 

Jouez, vous allez perdre !

- Mon papa m'emmenait sur ses épaules, à son travail. Si j'étais sage, je pouvais faire un trait avec son crayon bleu. A ma mère, il disait "c'est le gamin qui a fait le trait".

-  Quand je suis triste, je voudrais qu'on me prenne dans les bras.

- Moi, je suis folle des arbres. Grimper aux arbres, toujours. Avec les garçons. Faire le cochon pendu, la tête en bas, voir le haut de l'arbre et rester comme ça.

- L'école, je m'applique, je trace, c'est pas beau mais je sais écrire. Je suis fier.

- On a froid aux mains, ça brûle, c'est pas normal, les mains dans l'eau glacée, rouges, ça ne devrait pas brûler. Maman qui me dit "c'est pas grave, donne tes mimines, je te réchauffe".

- Les pique-nique en famille, c'est ça le plus joyeux. Juste de la mayonnaise, du pain, du jambon et une grande couverture pour faire la sieste après. J'adore dormir dehors, l'ombre qui fait le bruit du coucou.

- Il m'a volé ma casquette et quand je l'ai dit à la maîtresse, elle a dit que ce n'était pas grave. Sauf que pour moi, si, c'est grave.

- La montre de mon papa. C'est ça, le plus beau cadeau. Après il est mort, mais pas sa montre.

Grand écart. 

Petit ps : on parle de l'horreur de certains Ehpad. Mais, aussi, et il faut le dire, certains sont vraiment doux, tendres, humains. Ceux qui ont à coeur d'inviter des auteurs acrobates (et autres saltimbanques) ?






jeudi 11 mai 2023

Ce qui se dit, ce qui s'entend...

 Les ateliers d'écriture, avec les enfants, j'adore. Comme on dirait dans Forest Gump, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber.

Aujourd'hui, j'ai pu rencontrer celle que, dans mon coeur, j'appellerai Mercredi. Le thème de l'atelier ? "Nina rencontre un extraterrestre".

Mes questions :

- Et où se rencontrent ils ?

Mercredi, 8 ans, sémillante, un pinson :

- Au cimetière !

Un peu plus tard, moi :

- Et que se disent-ils ?

Mercredi, avenante et primesautière : 

- Ils se disent : " Toi, tu vas mourir !"

Dix minutes après,

Moi : Et qu'est-ce que ça pourrait être, cet objet ?

Mercredi, tout sourires :

- Un truc qui crève le ventre...

Je crois que Mercredi pense pas mal à la mort, en ce moment. Ca m'a rappelé une certaine petite Christine au même âge... Mercredi, tape m'en cinq !

L'après midi, je file à la maternelle. Accueil : 

- Ho ! T'es mieux que la dernière fois !

- Regarde, je mets mon nez sur la vitre : ça fait de la colle ! Touche !

On écrit un album. Le thème est "Soirée pyjama".

Moi : Vous croyez qu'ils vont faire des bêtises, les enfants ?

Les petiots ;  

- OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !

Moi, alors, quoi, comme bêtises ?

Aaron, un adorable cheveu sur la langue et de grands yeux candides :

- Ils boivent des verres d'alcool.

Mya, emportée par l'enthousiasme : 

- du PICON- BIEEEEERE ! (je vous rappelle qu'on est en Lorraine)

Tous les autres :

- Ouiiiii ! Ou d'la KRO !








La maîtresse, regard complice et magnanime, genre "Tu ne savais pas dans quoi tu t'engageais, naïve autrice que tu es !"

Moi :  On avait dit "des petites bêtises"...

Aaron :

- Ben, ils boivent des petits verres d'alcool alors !

N'empêche, on a écrit des belles, chouettes, vivantes, portantes, émouvantes histoires. Comme disait un de mes collègues prof : "On est pas bien payés mais on perd pas son temps "!

mercredi 14 décembre 2022

Comment le sens critique vient aux enfants

 C'est comme ça : il y a des histoires qui font bouger les enfants, qui les font réagir, physiquement j'entends.

Et autrement aussi.

C'est le cas de "L'extraordinaire aventure de la classe de Mademoiselle Petsec".





Je ne résiste pas à l'envie de mettre une photo de ma fille à un apéro-quizz, en vacances




Ca rend joyeux, on est heureux de se défouler.

A la fin, lorsqu'on a bien ri, je demande : " Alors, il a bien fait, d'obéir, cet enfant ?". Et là c'est le débat. Il y a les enfants qui sont bien élevés mais qui sont tout de même perturbés : en effet, le héros, en n'activant pas son sens critique, connaît bien des déboires. Mais il a juste obéi à l'autorité !

Il y a aussi les enfants qui percutent : ben non, quand l'ordre est idiot, il faut refuser.

On arrive donc à parler du consentement comme ça, tranquillement, après une bonne poilade.

Ca peut servir !

jeudi 28 juillet 2022

 Les petits miracles.

Les petites choses. Vous ai-je dit que je croyais aux infusions ? Ho, pas à la camomille (c'est pas bon, hein ?) ni à la farigoulette (quoique...), non, je crois aux infusions de joie. De bonheur, de plaisir, de partage, de rigolade, enfin de choses qui ont un petit astérisque +++.

Je crois vraiment que si on est sincèrement heureux de partager quelque chose, si on croit vraiment que cette énergie joyeuse va diffuser et bien.... on la diffuse. S'en empare qui veut. 

Les livres ont changé ma vie. En lisant, j'ai entrevu d'autres planètes que la mienne, toute petite. En lisant, j'ai su qu'il existait d'autres mondes, plus riches, plus subtils, plus compréhensifs, plus doux, plus écoutants, plus exigeants. J'ai trouvé des consolations, vérifié des hypothèses, j'ai su que j'avais le droit d'exulter, d'enlacer, de rejeter. Mon éventail s'est ouvert. Les épouvantails se sont vus rabougrir.

Les ateliers, c'est ça : j'ouvre un éventail. Prenez de l'air, si vous en voulez.

Là, il y avait des enfants, des mamans, des papas, des bébés, des bénévoles (que serait ce pays sans les bénévoles ?), j'ai ouvert l'éventail.

A un moment, c'était juste très beau. On respirait.



On s'est dit "Viens, on se met par terre" et tout le monde était d'accord.






On a bien discuté !

Une toute petite bébée juste heureuse d'être avec nous

Elle n'a pas deux ans mais elle fait comme les grands.














jeudi 30 juin 2022

 Mais où ai-je donc la tête ! Je ne vous ai pas dit, toute à ma joie que j'étais : Ana Duna et moi avons gagné le prix des Incorruptibles, catégorie maternelles. Avec notre petit "Aïe Aïe Aïe" (tellement pénible à écrire à l'ordinateur, ce titre !)


Le prix des Incos, c'est 500 000 enfants engagés. Un enfant, un vote, et les adultes n'ont pas leur mot à dire.

Alors moi, qui suis pourtant presque adulte, je dis ce mot : MERCI !

Merci les loupiots !

 Le Livrodrôme.

C'était une belle fête autour de la littérature jeunesse. Toute la journée, les classes se sont succédées. Les enfants ont pu s'essayer à l'imprimerie, se sont vus prescrire des livres sur mesure par des presque vrais docteurs, ont causé dans le poste et tout et tout. C'était joyeux, les collégiens étaient tout heureux de ne pas avoir cours et de n'être obligés à rien. Du coup, ils ont fait plein de choses.

Avec Johanna, du "labo des histoires", on a élaboré une grande loterie de l'écriture. J'étais à la conception, elle à la (magnifique) réalisation.  On a fait écrire des centaines d'enfants, de jeunes et même d'adultes.


Ils se sont bien amusés. Ils se sont lâchés, ont cogité, rigolé, pesté.

Certains sont restés une heure, d'autres cinq minutes, on a eu des ravisés trop timides pour tenter l'aventure puis revenant avec une copine, on a eu des sourires de fierté, des vocations naissantes.

un haïku bien appétissant !


On a eu des classiques et des excentriques.

un mot-valise attendrissant

Des poétiques et des pragmatiques.





l'écritude abécédaire, c'est dur, surtout sur la fin !

Et le tautogramme, c'est pas simple non plus !

On a passé un beau moment, j'espère qu'on a débloqué des plumes enkystées dans le gros pavé de la peur. Ecrire, c'est amusant. Si !




mardi 14 juin 2022

Comment naissent les livres...

Quentin Gréban est un grand auteur-illustrateur. C'est un fait. Moi, je ne fais que des textes (" C'est déjà ça" m'a dit un jour un monsieur, un peu désolé pour moi). Lorsque je demande aux enfants pourquoi je ne dessine pas, à leur avis, je vois bien qu'ils n'osent pas me vexer. Jusqu'à ce qu'il y en ait un, un peu moins diplomate, qui lance : "Parce que tu dessines mal !"

Ben c'est vrai. J'admire tellement ceux qui dessinent ! En dédicace, à côté d'un illustrateur, j'en oublie de faire mon job. Je regarde le crayon marcher tout seul, car c'est ce qu'on dirait, pendant que le dessinateur-trice semble penser à tout autre chose, parle, rit...

Quentin, par l'intermédiaire de notre éditeur, m'a envoyé des dessins. On y voyait un petit koala, en slip. Et quelques phrases : "A la piscine, le petit koala réalise qu'il ne retrouve plus son pantalon. Tout le monde va voir son slip à fleurs."

Il voulait une ambiance "Amérique années 50, les diners, etc".







Et comme un jeu, il m'a dit "A toi !"
C'est ce que j'ai fait. D'habitude, ça ne fonctionne jamais comme ça : au commencement, il y a le verbe. Et puis les dessins ensuite.
J'ai adoré faire ça. J'adore le résultat. Il est tendre et drôle, ce petit koala. Il s'affranchit du regard des autres avec courage. C'est un cadeau pour tous ceux qui n'osent pas se montrer tels qu'ils sont, tous ceux qui ont honte. Allez, en slip, petit koala, tu es formidable ! Sois fier de toi !
Merci Quentin ! Tellement merci ! Inspirant, c'est l'adjectif qui me vient : ton dessin a entraîné tellement de mots dans ma tête ! Dis, on en fera d'autres, hein ?
PS : sortie le 15 septembre...








jeudi 10 février 2022

Le feuilleton des Incorruptibles

Le prix des Incorruptibles est un prix littéraire dont les jurés sont uniquement des enfants. Les enfants lisent les livres préselectionnés et élisent leur préféré. En parallèle, il y a des activités qui sont proposées aux classes inscrites : des correspondances avec les auteurs mais aussi l'écriture d'un feuilleton quasiment en direct, à l'ancienne ! Tous les quinze jours, l'auteur propose un chapitre et les enfants réagissent. Ils sont donc tout à la fois lecteurs, éditeurs, critiques... Le rôle de l'auteur est multiple, il doit écrire un roman, bien sûr, mais il doit aussi inclure les classes dans le processus et répondre aux lettres. J'ai adoré. Les six classes, des CE2, CM1, en majorité m'ont imposé un rythme bien balancé, ils se sont montrés curieux, marrants, pertinents, créatifs, affectueux. Ils m'ont bombardée de réflexions, d'hypothèses (ils m'ont souvent obligée à changer ce que j'avais prévu, perspicaces qu'ils étaient ils prévoyaient la suite !). Oui, j'ai pas mal gambergé pour les surprendre. Ils ont été généreux, incroyablement ! Je voudrais partager quelques extraits de leurs courriers, de mes réponses, vous montrer leurs dessins, leurs idées... Merci à leurs maîtresses, tellement investies, à fond, bienveillantes. morceaux choisis :
une lettre : 
Chère Christine, 
Nous sommes d’accord pour que tu mettes nos dessins sur ton blog, on ira le voir. 
 Ton 6ème chapitre était génial. C’est bien que ça se termine bien, que les enfants restent amis. On avait deviné. 
 Ton livre est très intéressant parce qu’il y a des secrets, du suspens. 
 On a appris plein de mots nouveaux. 
On se demande quel sera le titre
 On a fait un vote en classe avec les 4 titres que nous avions trouvés : Tim et Sara, Une nouvelle vie, Les amoureux, Le secret, c’est Une nouvelle vie qui a eu le plus de voix. 
A quel éditeur vas-tu demander pour que le livre soit publié ? S’il sort, est-ce qu’il y aura une suite ? 
On espère que toi aussi, tu es en vacances. 
Voilà, on trouve que notre projet s’est bien déroulé, on est triste que ce soit la dernière lettre.
 Au revoir Christine, Les élèves de l’école Lucie Aubrac 

Quelques mots des élèves : Ilan : « On est content de t’avoir parlé. » 
Alice : « J’suis contente que nos propositions soient dans le livre. » 
Enzo : « Elle était bien votre histoire. » 
Thiago : « Au revoir Christine, j’ai été heureux de te connaître. »
 Chloé : J’aime bien que tu aies mis ma blague dans ton livre. » 
Lina : « On a beaucoup aimé écrire ce livre avec toi. »
 Eléna : « j’suis contente d’avoir lu ton livre. » 
Gabin : « J’ai aimé faire ta connaissance. » 
Mayana : « J’espère que ton livre sortira. » 
Laïna et Ninon : « Je suis contente d’avoir fait un livre avec toi. »  Lola : « Je suis contente d’avoir parlé avec toi. » 
Giuliano : » J’étais content de lire ton livre. » J’aimerais bien te voir en vrai.
 La maîtresse : Merci pour ces échanges, cela a été un vrai bonheur de partager les lectures, les courriers avec vous et mes élèves. Et comme eux, je suis un peu triste que ça s'arrête.

Moi aussi, je suis triste que ça s'arrête...

samedi 8 mai 2021

En attendant les jours meilleurs

 Ca fait longtemps que je n'ai pas posté des oeuvres de mes petits chouchous...

La consigne était : "Tu commences par un triangle"



Des déclarations d'amour aussi magnifiques que spontanées...





Un petit chaperon rouge en plein burn out



une famille avec deux mamans-reines aussi belles l'une que l'autre




Une souris, ça a quatre pattes, c'est tout. Elle peut aussi avoir deux bras...



                                    Une biographie de mon "Esmée" vraiment touchante.


                                        Une petite souris avec des piercings

samedi 17 avril 2021

Comme un auteur jeunesse sans enfants...

 Malgré ce putadebordechian  coquinou de virus, on essaie de faire des choses. Alors, des choses modestes, hein, mais des choses tout de même. J'ai pu parler à des enfants, en visio, jusqu'à Madrid ! C'était pas simple, on était tributaires de la technique, ça faisait drôle de parler avec des enfants au visage masqué, c'était absolument épuisant mais on l'a fait ! Et c'était merveilleux !

On a aussi fait des échanges écrits, ça tombait bien, finalement, de ne pas pouvoir se voir, ça nous a permis de redécouvrir une fonction essentielle de l'écriture : communiquer ! (et faire marcher la Poste) !

Ce qui est dingue, on en parlait avec les collègues auteurs, c'est que les quelques rencontres qu'on a pu mener à bien ont toutes été extraordinaires ! Pareil pour les lettres et mails.



A quoi c'était dû ? Au fait que les maîtres qui ont tout de même embarqué leurs classes là-dedans sont forcément des mordus- aventuriers, des Indiana Jones de leur classe ? Au fait que c'est rare, donc précieux ? Au fait qu'on ne pourra pas faire grand chose cette année alors profitons de la pépite ? Au fait que les enfants sont avides de nourritures intellectuelles ? 

On ne sait pas bien, mais toujours est-il qu'on m'a posé des questions incroyables, que j'ai eu des dessins, textes, commentaires d'une fraîcheur et d'une luminosité insensées !

Big up à tous ceux qui tiennent le coup... Et pour les rencontres annulées, promis, on se retrouve vite !

vendredi 28 août 2020

Je suis la Résidente !

 On est vendredi soir et je suis dans l'état qui m'est propre après des interventions auprès d'enfants : épuisée et heureuse, lessivée et joyeuse, laminée et enthousiaste. Je ne peux plus parler mais j'ai envie d'écrire comme jamais !

Une semaine entière à Pont-à Mousson, trois jours à Nancy, à triturer l'imaginaire, sortir les mots, débloquer les peurs, rassurer, rigoler.

C'est que l'enjeu est de taille, pas question que les enfants repartent avec des émotions en demi-teintes, pas question de voir du mou ou du flou sur leur visage. Je veux rien moins que les embarquer, les scotcher, les décoller (oui, je sais, c'est contradictoire de scotcher pour décoller, je sais) ! Je ne veux pas en laisser un seul sur le carreau, pas question.

Parce que là, je ne suis plus enseignante. Avec ma casquette de prof, j'accepte qu'ils n'aient pas trop envie, qu'ils fassent par habitude, qu'ils s'exécutent par mollesse. J'accepte aussi que la réussite ne soit pas éclatante, triomphante, que certains restent en retrait pour une raison ou une autre. Je me dis que ce n'est pas grave, que je les "choperai" une autre fois. Je les vois tout le temps, pendant les quatre ans du collège, je trouverai bien le moyen de leur faire aimer la lecture, de développer leur imaginaire, de les voir se créer leurs propres images, de leur apprendre à s'échapper de l'ennui ou du chagrin le temps d'un livre.




Mais là, c'est du one shot, faut y aller la Kiki ! Il faut mouiller la chemise, lire des textes avec la bonne émotion, raconter la création d'une histoire avec suffisamment de vivant, d'anecdotes et de rires.

Oui, faut y aller, mais faut aussi se mettre en retrait pour leur faire de la place, laisser du temps au silence pour que leurs mots s'installent. Il faut savoir être juste là, à sécuriser, à dire simplement "Mais quelle bonne idée !" ou "Ben si tu veux que ton étoile de mer ait des ailes, et bien ton étoile de mer a des ailes, tu es le chef de ton histoire !".






Je tiens à bien leur préciser, à chaque fois : rien n'est obligé, ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas écrire me dictent leurs phrases. On a le droit de se lever, d'arrêter pour aller jouer ou pour faire le tour des tables, ou pour ne rien faire du tout. On est là pour bien s'amuser.

Rien n'est obligé mais il y a des trucs pour ne pas rester sec devant sa feuille : choisir qui est son héros, quel est son problème, décider s'il va le résoudre et comment, préférer une fin heureuse ou triste... Beaucoup de responsabilités, tout de même, on ne fait pas crever un pingouin dans le désert comme ça ! On y réfléchit à deux fois avant de le couiquer !


Vous savez quoi ? C'était super parce que pas un seul, pas UN SEUL ne s'est bloqué, n'a soupiré, en une semaine et de nombreux groupes. Je n'ai pas vu la souffrance que je constate régulièrement avec des classes.  A quoi est-ce dû ? Au contexte ? A la bienveillance des animateurs et d'Aline ou Catherine, les médiathécaires ? A la dynamique du groupe ? Au lieu ? Au fait qu'on ait respecté notre parole et qu'aucun enfant n'a été "poussé" ?

Bon ok, beaucoup étaient volontaires, je prêchais un peu des convertis sans doute, ok, ok, on ne s'emballe pas ! 

Mais tout de même, il en était qui n'avaient pas la moindre idée de ce qu'ils venaient faire, il y avait des dyslexiques, des petiots avec des retards de langage, un qui m'a semblé être autiste...

Tous sont repartis avec leur livre, fini ou pas, illustré ou pas. Tous l'ont signé avec plaisir, ce que je n'obtiens pas toujours en cours : parfois, les enfants sont si peu fiers d'eux qu'ils refusent de revendiquer leur travail. 






Tous ont dit qu'ils reviendraient ou qu'ils referaient d'autres histoires, ou qu'ils avaient envie de montrer leur oeuvre, enfin, quelque chose de positif.

Je suis contente. Vraiment.


Les abus faits aux enfants, oser en parler !

 Avant, à la question posée systématiquement en classe : "Pourquoi écrivez-vous pour les enfants ?", je répondais de façon que j...