lundi 6 février 2012

Interviews croisées...

Une chouette initiative de Mélanie Lafrenière : nous poser des questions les uns les autres, entre nous, les faiseurs d'histoires. Ca donne des trucs vraiment chouettes, venus de tous horizons et de toutes personnalités.
Voici les questions posées par Sophie Trouffier à votre Kiki :


Comment es-tu venue à l'écriture ? 

Je suis venue à l'écriture tout naturellement, à force d’aimer terriblement, maladivement, follement la lecture. Glisser de l’un à l’autre, c’est comme être gourmand et se mettre à la pâtisserie… Enfant, adolescente, j’écrivais la plupart du temps pour mois seule, en gloutonne égoïste, l’idée de faire goûter aux autres est venue plus tard. Plus sérieusement, lorsque j’étais orthophoniste, j’avais souvent du mal à trouver des textes adaptés pour mes petits patients dyslexiques : ils étaient trop grands pour lire des histoires faciles, peu denses, avec un vocabulaire simple. J’ai dû leur faire des textes « sur mesure ». De même, ma première « vraie » histoire, « la tétine de Nina a été écrite pour mes petits accros à la tétine

Boulot, albums, famille... Mais comment arrives-tu à tout faire ?

En fait, l’écriture  est le moyen que j’ai trouvé pour rester une rebelle, je suis une espèce de punk pour les maternelles, une hell’s angel des cours de récré : je refuse de m’ennuyer. Je suis révoltée à l’idée de perdre des petits morceaux de ma vie. Alors, quand j’ai un moment pénible et inévitable à traverser : réunion blablateuse, queue au supermarché, embouteillage, je me mets en mode « histoire ». Je construis, j’échafaude, je pars à l’aventure. J’ai appris à hocher la tête à intervalles réguliers, à lâcher des « Mmmm, très intéressant » et à sortir ma carte bleue en quasi hypnose. Lorsque je rentre chez moi et que je m’assois devant mon ordinateur, le texte est quasiment terminé. Ou alors, l’idée était parfaitement farfelue, je l’ai abandonnée mais j’ai traversé l’épreuve sans dommage et c’est toujours ça de pris. C’est pour cela que j’écris peu de romans : cela me demanderait de rester véritablement devant ma table de travail durant des heures. Ce sera pour plus tard, lorsque j’aurai plus de temps à moi ou lorsque j’aurai une maison et des enfants autonettoyants.

Il est dit sur le net que tu as écrit pour ton chat ?! Cela m'a beaucoup amusée mais j'aimerais en savoir plus sur ce mystérieux ouvrage pour félins !

C’est une histoire familiale. Mes enfants m’ont fait remarquer un jour que j’avais dédié des histoires à tous les membres de la famille, sauf au chat. Comme nous étions les esclaves d’un animal totalement maniacodepressif, nous avons pris l’habitude d’excuser ses sautes d’humeurs en raison de ses démêlés avec le « Plus Méchant Hamster Du Monde », sorte d’ennemi héréditaire qui causait bien des malheurs à notre pauvre matou. On doit en être à environ 800 épisodes. Il y a eu « le plus Méchant Hamster du Monde a planqué les croquettes de la Lolotte », « Le Plus méchant Hamster du Monde a piqué le chéri de la Lolotte », « Le Plus méchant Hamster du Monde a posé un lapin à la Lolotte »…


Tu écris pour la jeunesse, tu es maman et tu es aussi documentaliste... Tu n'as pas envie, parfois, d'écrire aussi pour les grands ?

Si, si ! Je le fais, régulièrement, par plaisir et par amitié (dans la revue « les refusés http://lesrefuses.free.fr/: », sous différents pseudonymes). Mais franchement, c’est trop facile ! Trop trop fastoche : on a envie de dire quelque chose, paf, on le dit, avec les mots qu’on veut, les structures de phrase dont on a envie, les ellipses qu’on désire, on peut faire des allusions et se douter qu’elles seront comprises, user de références, être immoral, trash, écrire des gros mots,  parler de sexe, inventer des fins atroces... Alors, évidemment, écrire de BONS textes pour adultes, ça doit être autre chose, mais écrire pour adultes, par rapport à l’écriture pour enfants, c’est l’équivalent de la ceinture jaune au judo… Comment ça, ce que je dis n’engage que moi ?

Waouh, tu as une sacrée collection à ton actif, où trouves-tu toujours de nouvelles idées ?

Lorsque je termine une histoire, je suis en quasi dépression : voilà, c’est fini. J’ai rendu tout mon jus, je n’ai plus rien. Il ne me reste plus qu’à commencer une collection de trombones et acheter toutes les saisons de Derrick. Je soupire, je mélancolise…
 Ha ! C’était le bon temps, il y a quinze jours, quand j’écrivais des histoires, j’étais jeune, j’étais libre, j’étais born to be wild…  Tout ça, c’est terminé… Et puis, un matin, je croise un homme à la boulangerie et je me dis que sa moumoute doit être en poil de yéti. Forcément, avec cette texture et cette couleur… Il se la fait envoyer par un coiffeur spécial qui a ouvert un salon de coiffure tout en haut de l’Himalaya. Il n’a qu’un seul client, évidemment et…

Dans tes albums, dans tes billets sur ton blog, tu as l'air d'avoir un humour à toute épreuve : comment réussis-tu à transmettre ta bonne humeur dans ton écriture, il y a une technique ou c'est naturel ?

Depuis toujours, je vois avec un miroir de sorcière, celui qui déforme. Je ne sais pas si c’est homologué par les ophtalmos ni si ça se soigne. Quand je pleure, je me « vois » avec la goutte au nez, les yeux de lapin russe, le mouchoir en confettis humides. Lorsque je ris, je me dis que j’ai vraiment beaucoup de dents, que je plisse tellement les yeux que je dois ressembler à un kilt, que mon rire est si raffiné que je ne ferais pas tache dans le film « Gorilles dans la brume ». Ca m’a toujours aidée à dédramatiser, à décaler légèrement les choses, à prendre un peu de distance. J’essaie parfois de créer des textes plus  poétiques, tendres ou mélancoliques, mais ce n’est jamais aussi bon que ce que j’ai lu grâce à d’autres… Et puis, rire, faire rire, ça passe directement dans le sang, dans le mien, et, je l’espère, dans celui des enfants…

vendredi 3 février 2012

Work in progress (j'adore ce titre)

Ainsi que je l'ai déjà dit, il y a plusieurs moments festifs dans la genèse d'un livre. Il y a le premier effet Kiss kool, c'est lors de l'acceptation du texte.
Le deuxième effet, totalement givrant pour moi, ce sont les illustrations. Là, ça devient concret. C'est le moment où je découvre la trombine de mes néros.
 Rarement, j'ai droit aux crayonnés. 
C'est une phase hyper secrète, généralement opérée sous protection de témoins, dans un endroit sans voies de communication, avec des protocoles très précis de la CIA (Comité d'Illustrateurs et d'Auteurs), le tout supervisé par le HCEA (Haut commissariat des Editeurs Acharnés).
Mais là, j'ai eu une fuite. Enfin, pas dans le dedans de mon corps, non, je veux dire, une fuite du SECRET. Il se trouve qu' Eléonore Thuillier est un agent double. Alors j'ai eu les microfilms CRAYONNES !
Je vous les livre car j'ai le sens démocratique très développé (en plus d'un odorat hyper fin).
Je les adore !!!!
Et quand j'aurai les illustrations en couleur, promis, vous en aurez la primeur !
Si comme moi t'es épaté, tape dans tes mains...
Merci Eléonore, Eléonore, je t'adore !

vendredi 20 janvier 2012

Interview

Je suis toujours fascinée par le travail des illustrateurs. Et surtout par ce qui les nourrit, par leur fonctionnement intime.

J'ai interviewé Virginie Martins, dont vous trouverez le blog ci-contre. Ses réponses m'ont scotchée ! Je fonctionne pareil, mais avec des mots ou des bribes de phrases !


Voici, en bleu, mes questions, et les réponses de Virginie :
- Est- ce qu’il t’arrive de rêver en dessin ? Et dans la vie, y-a-t-il des situations où tu « vois « un dessin au lieu de mots ?
Je n'ai jamais rêvé en dessin, par contre j'ai déjà fait des rêves où je me voyais dessiner. Ou alors je vois des dessins et bien souvent il m'arrive de les réutiliser dans mes propres illustrations: ce sont souvent des personnages, parfois des compositions (d'ailleurs j'ai souvent un carnet pas loin de moi pour dessiner en pleine nuit ou au réveil).
Sinon dans la vie je pense toujours en images ou en couleurs. Je n'ai pas souvenir de visualiser des mots dans ma tête...Ce sont toujours des images, des couleurs, des formes et même des odeurs et des parfums.

- Au moment où tu commences à dessiner, sais- tu déjà ce que tu veux obtenir ?

Là ça dépend il y a 2 façons pour moi.
Il m'arrive d'être "hantée" par une image, je peux la "traîner" pendant des mois. Dans ce cas c'est une image très précise, avec les couleurs, la compo, les persos...et je la garde en tête jusqu'à ce que je la couche sur papier.
Ce sont des illustrations "orphelines", elles ne proviennent pas d'un texte ou d'une histoires, elles se sont imposées d'elles-même.
Pour les travaux de commande ou les illustrations d'un texte qui m'est imposé, il y a toujours des recherches, des crayonnés dans tous les sens. Puis ça dépend beaucoup de l'inspiration: parfois je vais lire un texte et il ne va pas se passer grand-chose, là je sais qu'il va falloir noircir du papier avant de trouver des choses intéressantes (et si j'ai le temps, ce n'est pas toujours possible, d'où parfois la frustration au moment de rendre un travail...on se dit "j'aurai pu faire mieux"). d'autres fois j'ai des images qui me viennent tout de suite en lisant un texte. Souvent je creuse un peu plus, je n'aime pas m'arrêter à la première image venue. Parfois en lisant un texte ou un passage, j'ai une couleur qui s'impose. Là par contre je choisis cette couleur sans trop d'hésitation.


- Existe –t-il des choses que tu ne pourrais pas dessiner ? Si oui, quoi et pourquoi ?

Je suis incapable de dessiner du super sombre, du gore, du dépressif. Si je me sens mal et que j'ai besoin de me défouler pour faire sortir ce que j'ai sur le coeur, alors je me réfugie dans l'écriture. Je noircis du papier que je garde pour moi. Je suis incapable de le faire en dessin, je ne sais pas pourquoi...

- Dans ton métier, quelle est la place du plaisir et celle du travail ?

J'ai toujours du plaisir à dessiner! Enfin d'une manière générale et heureusement :). Après tout est question de "niveau de plaisir".
Le niveau le plus bas c'est quand je suis moins motivée, moins inspirée et qu'il va falloir que je me concentre un peu plus, que je me force. C'est quand je ne suis pas bien aussi, là je n'ai pas envie de dessiner mais pour rentrer dans les délais il faut bien.A ce moment là la place du travail c'est "je dessine pour vivre, et je ne vis pas pour dessiner".
Et le nirvana c'est lorsqu'il n'y a plus de contraintes, plus de limite de temps, là je me fais vraiment plaisir( comme avec les illustrations orphelines). Juste le plaisir de faire une image comme ça, de faire une image pour une image.
Puis il y a l'entre deux, l'équilibre à trouver :).

lundi 19 septembre 2011

Oh Pétard !


Ce que « Oh Pétard ! «  n’est pas :
-         Une anthologie fessière
-         Une apologie de produits naturels (et cependant illicites) qui font rire bêtement
-         Un brûlot sur la légalisation des armes de poing
-         Les mémoires d’un organisateur de 14 juillet
Non, Pétard, c’est le nom du chien de cette famille. Pétard est heureux jusqu’au moment où ses maîtres se séparent. Quoi ? Deux niches ? Quelle horreur ! Alors Pétard va tenter de les « remettre ensemble ». Jusqu’au moment où il se rendra compte qu’avoir deux maisons, parfois, ce n’est pas si mal que ça et que ce qui compte vraiment, c’est que ses deux maîtres l’aiment…
Christine Davenier a donné à Pétard une truffe irrésistible et chez ses deux maîtres, c'est aussi bien rangé que chez moi...

Oh, Pétard ! Mise en vente le 22 septembre 2011
Texte de Christine Naumann-Villemin
Illustrations de Christine Davenier

Ah, non ! Ça ne se passera pas comme ça ! Ils ne peuvent pas rester séparés, les deux grands, il faut qu’on fasse quelque chose ! Parole de Pétard ! Allez, les enfants, aidez-moi ! Oui, mais Pétard, tu vas le découvrir, même lorsqu'on a deux maisons, on peut très bien être heureux !
A partir de 3/4 ans 40 pages, 210 x 240, en couleurs, relié, pelliculé 13 €

lundi 12 septembre 2011

La princesse réclame !

Le catalogue du Parc des jouets enchantés est formel : outre une couronne, une VRAIE princesse doit obligatoirement posséder une trottinette à paillettes avec les lumières qui clignotent, des images de licorne magique à échanger, un pistolet qui envoie des boulettes de prout et un chien tout frisé avec une laisse qui brille…Eliette et sa cousine Alice y croient dur comme fer.


C'est mon Eliette, ma princesse coquette qui revient... Mon défi, c'était de montrer une petite fille qui "réclame" sans cesse des choses sans en faire une capriciosa. Je la voulais plutôt victime du consumérisme ambiant qu'exigeante. Futée mais naïve. Et pas de leçon de morale !
La voici, elle est à fond dans les "réclames". Elle réclame. Parce qu'elle est convaincue, comme le disent les publicités que c'est la seule façon de devenir une fille géniale.
En vérité, elle EST géniale. Et n'a pas besoin d'attributs pour ça. Elle va le découvrir.
Marianne s'est bien éclatée : l'univers du parc d'attraction est une véritable gourmandise, même moi, j'irais bien y faire un tour...
PS : parents, ne cherchez pas dans les magasins : le pistolet qui crache des boulettes de prout N'EXISTE PAS.

samedi 27 août 2011

Quand le loup a faim

Je me suis réveillée en sursaut, une nuit (ou alors, j’étais à mon travaillement, à taper une notice catalographique, je ne sais plus trop, les deux sont à peu de chose près identiques) et j’ai eu une illumination (je laisse toujours le couloir allumé, pour ceux qui vont faire pipi) : Feydeau !!! Labiche !!!!
Voilà ! C’est ça que je voulais faire : écrire un vaudeville pour enfants ! Des portes qui claquent, des quiproquos, un héros qui s’enferre dans les ennuis à mesure qu’il tente des solutions. Unité de temps, de lieu, d’action… Enthousiasmant, comme projet, non ?
Eh ben, mes amis, j’aurais dû rester au lit ! (ou finir ma notice). J’ai dû écrire quelque chose comme 15 versions ! C’est tellement un truc de matheux littéraire ! (même vous, ça vous choque, hein, cette association verbale !!!)
Mais quand même, la Fée des Insomnies et des Notices Bibliographiques s’est penchée sur mon futon et m’a aidée…
Alors, le voici, ça s’appelle « Quand le loup a faim », bêtement, parce qu’après l’avoir écrit, je n’en pouvais plus, même trouver un titre était au-dessus de mes forces imaginatives (imaginaires ?). J’espère qu’il est drôle. J’ai hâte de le lire à un enfant (pas mes enfants, ils sont tombés dedans quand ils étaient petits, ça ne compte pas). Mon rêve secret est qu’il dise : « Ho, ce loup ! Il est méchant mais quand même, le pauvre ! »
J’adore les illustrations de Kris Di Giacomo. Je VEUX  un original mais jamais je n’oserais le lui demander (pouvez-vous, chers amis, le faire pour moi, discrètement ? Je vous mets le lien vers son blog : http://krisdigiacomo.over-blog.com/article-quand-le-loup-a-faim-80311603.html)
Et comme c’est un hymne à l’amitié (oui, parfaitement !), il est pour mes deux amivoisinous chéris, Véro et Chico. Merci pour tous ces vendredis soirs improvisés et délicieux... Comme un lapin à la moutarde...

Les abus faits aux enfants, oser en parler !

 Avant, à la question posée systématiquement en classe : "Pourquoi écrivez-vous pour les enfants ?", je répondais de façon que j...